Naples, laboratoire des biens communs

Entretien avec Luigi de Magistris, Maire de Naples (2011-2021)

Ana Sofia Acosta Alvarado Benjamin Coriat Fabienne Orsi

EnCommuns - La revue

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EnCommuns :  Au cours des rencontres publiques organisées par l'Université du bien Commun et EnCommuns vous avez à plusieurs reprises parlé de votre parcours, depuis votre carrière de magistrat jusqu'à votre entrée en politique. Pourriez-vous rappeler ce qui constitue les faits marquants de votre histoire ? De votre métier de magistrat jusqu'à votre vie d'homme politique, en mettant l'accent sur les choses que vous considérez comme les plus importantes dans votre parcours.

Luis de Magistris (LDM) : Les moments les plus importants de mon parcours ? Je commencerai par rappeler que j'ai suivi, ce qui est fondamental pour moi, une formation dans un lycée classique : philosophie, littérature, lettres classiques. L'humanisme est essentiel dans ma formation. Ensuite je mentionnerai le droit, la connaissance du droit, un sujet qui m'a immédiatement passionné à l'université. Et puis, à l'université, j'ai eu envie d'essayer de devenir magistrat. J'ai passé, très jeune, le concours et j'ai été magistrat du ministère public pendant 15 ans dans des territoires très difficiles : à Naples et en Calabre. Et, comme malheureusement, en Italie, la corruption et l'infiltration des mafias jusqu'au cœur même de l'État sont très fortes, j'ai été fortement entravé dans l'exercice de mes fonctions de magistrat. J'ai été empêché de poursuivre les enquêtes que je menais et donc mon parcours de magistrat du ministère public s'est brusquement interrompu. Je me suis relevé en faisant d'abord une expérience de parlementaire européen qui m'a beaucoup aidée pour me constituer une vision internationale des différents enjeux. Et puis ce fut l'expérience de maire (de Naples), où je me suis très vite passionné pour les biens communs. Dès le début, cela a été un des points centraux de notre programme politique et du parcours que j'ai fait avec de nombreux habitants et collectifs de ma ville. 

EnCommuns : C'est vraiment parce que vous n'arriviez pas à faire votre métier de magistrat à cause de la mafia que vous avez arrêté d'exercer ce métier ?   

LDM : Oui, mais pas du fait de la mafia comme on la considère traditionnellement, la mafia qui tire des balles de revolver, la mafia qui est dans la rue. On m'a forcé à interrompre mes enquêtes quand je me suis occupé de corruption, lorsque mes enquêtes ont porté sur des investigations à de hauts niveaux de la politique et des institutions. Et surtout, lorsque nous avons constaté que les mécanismes des agissements sur lesquels nous enquêtions se mêlaient aux pratiques de l'État et parfois même s'inséraient en elles. Ainsi, lorsque les agents de la mafia veulent stopper l'activité d'un serviteur de l'État qui s'oppose à eux, ils sont capables de le faire en utilisant des documents officiels et des procédures institutionnelles. C'est ce type de procédé qui a été utilisé contre moi.

EnCommuns : Est-ce qu'il y a autre chose de marquant que vous voulez ajouter quant à votre parcours ?  

LDM : J'ajouterai simplement que je parle ici en particulier de l'organisation mafieuse qui a ses racines en Calabre – la « 'Ndrangheta » –, et qui a acquis une grande puissance dans les dernières années, surtout dans l'Italie du centre-nord. Très présente dans l'économie de notre pays, elle a des liens qui s'étendent profondément en Europe et donc aussi par contamination jusqu'aux institutions européennes.

Lire et comprendre la Constitution

EnCommuns :  Nous aimerions, parce que vous n'avez pas abordé ce sujet dans votre conférence, connaître votre vision ou votre lecture particulière de la Constitution italienne d'un point de vue citoyen. En quoi plus précisément consiste votre interprétation de la Constitution ? Nous avons été frappés en étudiant un peu ce que vous avez réalisé, par le fait que vous avez une lecture de la Constitution qui est particulière, très aiguë. Pouvez-vous nous en dire plus ?

LDM : J'ai toujours été un passionné de droit, et en particulier de la Constitution et des Constitutions du monde entier ! Et je considère la Constitution italienne comme l'une des plus belles et révolutionnaires du monde. Pour ma part, comme citoyen, mais également comme personne ayant exercé pendant plus de 30 ans des fonctions institutionnelles importantes, la Constitution a toujours été un phare. Elle a toujours été un impératif catégorique, juridique et moral, à traduire en actes. J'ai constamment essayé de donner à chaque action une lecture constitutionnellement orientée.

  EnCommuns : Vous dites que vous considérez la Constitution italienne comme « révolutionnaire », pourquoi ? 

Parce que tout d'abord elle est très « concrète ». Même dans les principes fondamentaux, elle est concrète, orientée vers sa mise en pratique. Elle se présente comme immédiatement applicable. Aussi, parce qu'elle propose une vision ouverte sur le futur, très éclairante (« lungimirante »). Nombre de ses dispositions sont autant d'indications sur la manière d'affronter les éventuels obstacles, difficultés ou indécisions dans le traitement des questions qui se posent en pratique.

  EnCommuns : Mais alors pourquoi y a-t-il cette spécificité italienne ? S'agit-il d'une tradition italienne en matière de droit ? Et, quelle est la place faite aux juristes ? Est-ce que le fait que cette Constitution ait été rédigée après une période fasciste explique les caractères que vous mentionnez ?   

LDM : La Constitution italienne a de profondes racines dans la résistance antifasciste. Donc l'esprit, la substance de la Constitution est antifasciste. Et, l'on voit dans sa rédaction que le « liant » a été la résistance. On voit qu'il y a un peuple derrière les mots et que ceux qui ont écrit ce texte ont connu la dictature nazi-fasciste et l'horreur de la guerre.   

EnCommuns : Oui, mais est-ce que, par exemple, la Constitution allemande est animée par le même esprit ? Peut-on retrouver dans les deux cas le même type d'inspiration venu de la  résistance ?  

LDM : Oui, c'est une bonne remarque. Je pense que la Constitution allemande, elle aussi est très belle, mais elle est différente. L'Allemagne obéit à une histoire, une géopolitique différente. Cependant dans sa Constitution, je lis les racines d'une tragédie qui s'est consumée dans le pays d'une manière un peu différente de ce qu'on peut observer dans le cas de la Constitution italienne. Je pense que l'Allemagne fait vivre dans sa Constitution le sens de la culpabilité avec la volonté de faire en sorte que les droits reconnus doivent être conçus pour empêcher la réitération des faits du passé. C'est-à-dire que la Constitution allemande est encore empreinte de la tragédie et de la responsabilité dans lesquelles le pays a été plongé. En Italie, en revanche, la Constitution a été rédigée par des personnes engagées dans la résistance. Il s'agit là d'une différence majeure. La Constitution italienne est plus portée vers une vision d'avenir. Elle ne s'attarde pas sur le sens des possibles responsabilités du pays dans la tragédie de la guerre.

EnCommuns : Et la Constitution française ?  

LDM : La Constitution française a quelque chose d'extraordinaire : son ancienneté. Elle a des racines plus profondes. On voit que la Révolution française la conditionne de manière positive. Mais, dans l'esprit, elle diffère des Constitutions italienne et allemande. Elle apparaît souvent comme plus abstraite et « générique ». C'est la raison pour laquelle elle peut être utilisée comme un instrument ou un alibi par la classe politique dominante aujourd'hui pour être traitée comme un ensemble de déclarations de principe, non directement applicables.

La constitution et les biens communs

EnCommuns : Peut-être peut-on maintenant faire le lien entre votre conception de la Constitution  « en général » et la manière dont vous avez saisi la question des biens communs au prisme de la Constitution italienne.

LDM : Les biens communs sont présents surtout dans toute la première partie de la Constitution italienne, c'est-à-dire dans les principes fondamentaux. Les principes fondamentaux sont une liste détaillée des biens primaires. Mais, quand, avec le Conseil municipal de Naples nous avons formulé et écrit les actes administratifs (delibere ) sur les biens communs - et Naples a été la seule ville d'Italie à avoir ainsi posé des actes administratifs sur le sujet des biens communs –, j'ai grandement travaillé pour leur donner une base juridique ferme. J'ai trouvé cette base dans les articles traitant de la propriété. Il s'agit surtout des articles 41 et suivants de la Constitution, qui portent sur la propriété publique et la propriété privée . En interprétant la Constitution de manière dynamique, j'ai trouvé un chemin pour donner une base juridique à la question des biens communs. Puis j'ai travaillé sur l'interprétation « systématique », comme disent les juristes, entre la Constitution et les normes. Cela a conduit à la discussion sur la question des « usages civiques » dont nous avons parlé hier.                                            

EnCommuns : Nous allons revenir dans un instant sur la question essentielle des « usages civiques » (« usi civici » .  Auparavant une question : quel est votre lien avec la Commission Rodotà ? ? Et, avec le fait de se saisir de ce projet de réforme pour y inclure un statut juridique des biens communs ? Car la création de ce statut juridique est aussi une vraie révolution juridique. Cela vous a clairement inspiré dans ce que vous avez fait à Naples.

LDM : En Italie, il y a eu, dans les dernières 20-25 années, un débat théorique et juridique très important sur les biens communs. Des positions différentes se sont exprimées. C'est ainsi, entre autres initiatives, que nous avons vu se constituer l'Observatoire Rodotà. Je connaissais très bien Stefano Rodotà. Nous avons eu aussi les propositions d'autres juristes, pour partie différentes, comme celles du professeur Paolo Maddalena .  À la municipalité de Naples, nous avons eu les positions d'Alberto Lucarelli, Ugo Mattei et d'autres. J'ai beaucoup écouté et lu. Et, puis la vraie nouveauté « napolitaine » a été celle de passer de la théorie à la pratique, et donc de voir comment insérer la théorie des biens communs dans les délibérations (actes administratifs) communales, et comment soutenir des propositions qui mettent en constitution de manière explicite la notion des biens communs.

« Naples est l'unique endroit où a eu lieu une rencontre prolongée et transparente sur les biens communs entre les collectifs et la politique, rencontre qui s’est traduite par des changements institutionnels majeurs ».

EnCommuns : Ne faut-il pas mentionner aussi tout le travail de la constituante effectué en commun entre les membres, (certains du moins) de la Commission Rodotà et le mouvement populaire autour d'Aqua Bene Comune ,  Teatro Valle  où s'est développée une discussion entre « activistes » et théoriciens des Beni Comuni ? Quand vous dites qu'à Naples « on a concrétisé », est-ce pour signifier que vous avez été engagé dans tous ces débats en amont ?

LDM : Oui et non à la fois. Oui parce que j'ai, et beaucoup d'entre nous à Naples, ont participé activement à tout le mouvement, soit comme militant de la première heure, par exemple, du Forum national sur l'eau publique. Ensuite, pour ce qui me concerne, je me suis engagé personnellement, à Rome, au Théâtre Valle, mais également au Cinéma Palazzo à Rome. J'ai par ailleurs soutenu les batailles sur les biens communs à Bologne, à Milan, à Turin. Mais, je veux dire et insister ici sur le fait que la différence essentielle avec Naples, c'est que Naples est l'unique endroit où il s'est accompli "une rencontre prolongée, transparente" sur les biens communs entre les collectifs et la politique, rencontre qui s'est traduite par des changements institutionnels majeurs. Et cela a fait une grande différence. Parce que les luttes au cinéma Palazzo, au théâtre Valle et d'autres expériences ont malheureusement mal fini. Chez nous, en revanche, il y a eu de la politique effective qui ne s'est pas traduite seulement par des discours mais également par du droit. 

EnCommuns : Justement, c'est une chose très remarquable que cette conjonction très particulière à Naples, de collectifs très mobilisés, de biens communs « puissants » - parce qu'assis sur des « délibérations », du droit et des théoriciens : Lucarelli, Micciarelli ... qui ont alimenté une réflexion forte et soutenue sur le sujet. Diriez-vous que votre action a finalement donné naissance à une « école » ou une « approche » spécifiquement napolitaine des biens communs, et quelle serait sa particularité ?


LDM : Oui, à mon avis, c'est bien de cela qu'il s'agit. La vraie force et l'originalité du « Laboratoire Naples » se fondent sur une profonde autonomie et l'absence de compromissions avec les forces politiques établies ; elle est bâtie sur un véritable esprit d'autodétermination et d'autogouvernement. Il en a résulté une capacité unique en Italie de construire un cadre normatif solide sans qu'une législation nationale et constitutionnelle spécifique sur ce point ait été nécessaire. Nous avons réussi à construire « par le bas » une notion juridique de bien commun qui n'est pas seulement théorique, mais qui a permis à nombre de biens communs de s'affirmer, et de prospérer et de le faire dans des conditions de « sûreté », y compris juridique, qui a mis cette catégorie à l'abri des attaques, que celles-ci soient d'origine judiciaire et policière ou qu'elles proviennent d'autres institutions. 

 En commun : Une précision. Quand vous parlez du « Laboratoire Naples », vous vous référez au fait de l'expérimentation sociale menée collectivement par le mouvement, ou au « Laboratorio Napoli » qui existe en ce moment même au sein des instances municipales ?

LDM : Il s'agit bien sûr du premier sens évoqué. J'entends ici « laboratoire » au sens du mouvement culturel et politique qui s'est manifesté à Naples.  

EnCommuns : Tout cela est vraiment passionnant. D'ailleurs, nous tenons là le titre de notre entretien. Cela va être quelque chose comme « Naples, laboratoire des biens communs » ! ... Pour avancer sur ce thème, peut-on dire que la notion « d'usage civique » fait partie de cette spécificité de l'approche napolitaine ?    

LDM : Oui ! C'est même une des parties centrales de nos « délibérations » et de nos règlements. Cela souligne la manière dont le droit plus ancien est mobilisé (parce que les usages civiques relèvent d'un droit qu'on peut qualifier de coutumier), pour devenir une norme.Concernant les biens communs, nous voyons cette norme qui était apparemment pensée pour servir à d'autres fins, finalement être reconnue utile et être introduite dans la codification juridique de la notion de biens communs. La notion d'usages civiques collectifs et urbains est vraiment une partie centrale et constitutive de nos « délibérations » (delibere).                                                                          

EnCommuns : Que diriez-vous aujourd'hui du moment où vous vous êtes confrontés et avez rencontré tous ces jeunes activistes et chercheurs, qui sont une force du mouvement napolitain et qui ont porté cette innovation ? Comment avez-vous vécu ce moment ?         

LDM : C'était très beau, parce qu'au début, il y avait une dimension conflictuelle. Parce que ces jeunes avaient une posture antagoniste envers les institutions. Leur posture initiale s'est constituée pendant ma campagne électorale. Ils avaient perçu que j'avais une position ouverte et révolutionnaire, mais bien sûr ils craignaient qu'en devenant maire, en entrant dans le palais (la Mairie / Palazzo San Giacomo, il Municipio), je sois amené à assumer une position plus répressive et, disons-le, « légaliste » et sécuritaire. Donc, au début, les premières rencontres ont été traversées par beaucoup d'énergie et de tension. Cependant, c'était très beau de voir comment les choses ont évolué vers une compréhension réciproque et finalement un accord sur le fond.  

EnCommuns : Pour revenir à la question des « usi civici » (usages civiques), il semble qu'il faille faire référence au statut particulier de la propriété collective en Italie. En France, on n'a plus de propriété collective. Au contraire de l'Italie où il y a tout un débat sur la propriété collective et l'usage civique de ces terres collectives. Il semble bien qu'en fait, « usi civici » est un terme générique, car il existe plusieurs droits d'usage spécifiques dans différentes régions. Et pour en avoir discuté notamment avec Nicola Capone, mais aussi avec Giuseppe Micciarelli, il ressort qu'il y a une spécificité napolitaine de l'usage civique  des terres en Campania qui est très liée aussi à la question de l'usage public. Aussi, pensez-vous que la remobilisation des usages civiques, mais dans un cadre urbain – celui de Naples – est liée quelque part à une tradition proprement napolitaine des usages civiques ?  

LDM : Oui, il existe certainement un lien avec les dispositions qui concernaient davantage la terre, donc des questions qui n'étaient pas liées aux zones urbaines. Et donc la vraie nouveauté est d'avoir « transposé » une réflexion et une pratique pensées pour des micro-territoires de communautés qui n'étaient pas urbaines, pour les insérer et les traiter dans le cadre d'une grande métropole. Et, ainsi réunir une élaboration théorique liant propriétés collectives et usages civiques, ce qui a permis de donner une qualification de « biens communs » à certaines zones urbaines au sein d'une grande métropole, chose qui était bien plus difficile à réaliser que s'il s'était agi d'un espace rural. Parce que, alors que dans le cas des terres abandonnées, il était relativement simple de parler d'usages civiques, lorsque vous transposez le sujet dans un contexte urbain, cela devient plus compliqué, car prévalent d'autres instruments juridiques qui gouvernaient jusque-là la propriété privée ou la propriété publique. Introduire les usages civiques et les biens communs dans une zone urbaine marque une véritable « rupture » dans la ville et ses pratiques.  

EnCommuns : Peut-être peut-on repartir des expériences concrètes à Naples. Pourriez-vous nous reparler de l'expérience conduite à Naples pour « faire de l'eau un bien commun » ?  Concrètement, comment avez-vous fait pour mettre en place l'entreprise Aqua Bene Comune Napoli (ABC Napoli – « L'Eau bien commun de Naples ») ? En quoi consiste sa spécificité ? Où en est-elle aujourd'hui ?

LDM : Cela a été très difficile de mettre en application et de faire vivre le résultat du référendum . Oui, très difficile. La première difficulté a été d'écrire le statut de la nouvelle entité (l'entreprise en charge de la gestion de l'eau), parce qu'il n'y avait pas de précédents en Italie. Il y a eu aussi des difficultés avec les syndicats et les travailleurs, parce qu'ils craignaient la nouveauté. Nous avons également rencontré nombre de difficultés concernant les dimensions administratives et financières de l'entreprise à créer : comment concevoir et écrire le « bilan » d'une telle entreprise, par exemple. Cela a été un travail énorme, que nous avons fait, Alberto Lucarelli, les avocats du barreau de la municipalité de Naples et moi-même. Tout cela a permis de définir et d'écrire un « statut » pour la société ABC, qui est toujours d'actualité depuis 13 ans maintenant. Il s'agit d'un statut unique en son genre en Italie. L'entreprise est devenue solide, elle fait des bénéfices, elle a embauché du personnel, a amélioré les infrastructures, informatisé et digitalisé beaucoup de fonctions, a réduit la dispersion d'eau. Elle a par ailleurs baissé les tarifs. ABC Napoli est devenue un modèle d'entreprise destiné à être reproduit ailleurs, malgré qu'elle fasse l'objet de nombreuses attaques encore aujourd'hui. Ce modèle a d'autant plus été attaqué par nos adversaires qu'il fait la démonstration qu'il peut y avoir une façon de faire de l'économie qui garantisse les services publics sans privatisation. À l'opposé donc de la pensée dominante, devenue totalement hégémonique depuis de nombreuses années dans notre pays, et plus largement dans l'ensemble de l'Europe.

EnCommuns: Une question s'impose ici parce qu'en France, il y a toute une série de municipalités (à commencer par celle de Paris) qui ont procédé à la « remunicipalisation » de l'eau. Il s'agit en fait d'un vrai mouvement contre la privatisation de l'eau. Ce mouvement a connu des succès importants. C'est le cas à Paris où les élus sont parvenus à restaurer la gestion municipale de l'eau. La question qui se pose ici est la suivante :  d'après votre expérience, qu'est-ce qui distingue le fait de traiter l'eau comme un bien commun, comme vous avez essayé de le faire, d'une gestion « municipale » de l'eau ? Est-ce qu'il y a une différence entre les deux concepts et les pratiques entre faire de l'eau bien commun, ou qu'elle soit régie par la municipalité ?

LDM : Disons d'abord que Naples et Paris sont les deux grandes villes européennes qui sont à l'avant-garde sur ce sujet. Cependant il y a une différence très significative entre l'azienda speciale, « l'entreprise spéciale »  que nous avons installée à Naples, et une gestion communale municipalisée. Ce qui nous distingue tient en ceci : à Naples il y a le « père » qui est le commun et le « fils » qui est l'ABC. C'est cela qui nous distingue du cas français. À Naples, nous avons mis en place une gestion propre et autonome de l'ABC, ce qui n'est pas le cas à Paris. L'ABC dispose d'une gestion autonome dans laquelle il y a une nouveauté significative sur la gouvernance. En effet le conseil d'administration est formé et constitué à travers un appel d'offres public auquel ne participent pas les fonctionnaires de la mairie. Et, sur les cinq personnes qui forment ce conseil, deux doivent forcément être l'expression d'associations environnementales. Ajoutons à cela que les représentants des salariés appelés à siéger sont issus de l'entreprise (ABC) et non de la mairie et sont dans le comité de surveillance . La municipalité et l'entreprise ABC sont donc des entités distinctes quoique liées. Le père n'abandonnera jamais son fils, mais le fils est un fils né « majeur », pleinement responsable de ses actes. C'est important parce que même les comptes, ceux de l'ABC, sont des comptes propres, distincts de ceux de la ville. Pour poursuivre dans l'énoncé des différences, précisons qu'à Paris l'eau est administrée comme un service de la ville et ne relève pas d'une entreprise autonome. Chez nous, comme je l'ai indiqué, il s'agit d'une relation « père/fils » (en ce que l'entreprise a été créée par la municipalité), mais le fils a été créé d'emblée avec un statut d'enfant « majeur », il définit lui-même sa ligne de conduite et prend ses décisions de manière autonome. Techniquement, la gouvernance est organisée de la manière suivante : il y a d'abord le conseil d'administration (CA). Il est composé de cinq personnes, dont trois sont choisies à travers un appel public. Aucun fonctionnaire de la ville de Naples peut y participer. Les autres membres du CA (au nombre de 2), comme je l'ai déjà indiqué, doivent forcément être issus d'associations environnementales, et exercer ainsi une vigilance sur cet aspect des choses. À cela il faut ajouter « les comités de surveillance » auxquels participent tous les travailleurs de « l'entreprise spéciale ». Cela permet d'affirmer clairement la distinction entre les personnes de la mairie de Naples ainsi que le rôle qui leur est dévolu et les entités qui gèrent l'entreprise spéciale. Rien de tout cela n'existe dans la gestion de type « municipale » de l'eau qui fonctionne comme un service de la municipalité fourni par la municipalité. Il faut enfin signaler aussi que, à Naples, la tarification de l'eau elle-même a été modifiée. L'eau étant un bien commun, son accès a été rendu gratuit et ce jusqu'à un certain cubage. Rien de cela n'est possible ou a été mis en œuvre dans les cas de gestion municipale de l'eau.

EnCommuns :  Cela a-t-il changé depuis la fin de votre mandat ? Comment fonctionne l'ABC aujourd'hui ?

LDM :  La politique de gratuité a été conduite sous mon mandat. Elle a été abandonnée depuis. Aujourd'hui, l'entreprise est en danger. La dernière présidente que nous avions nommée à ce poste a rencontré d'importantes difficultés durant son mandat. Elle s'est heurtée à la nouvelle coalition élue en 2021 qui entend tout modifier. La nouvelle administration s'est attaquée à la gouvernance. Et, pour cela, a entrepris de modifier le statut de l'ABC, pour transformer l'« entreprise spéciale » en une SA (société anonyme). Le prétexte avancé pour cela est l'invocation d'un décret pris par le gouvernement après le référendum sur l'eau. Cela n'est pas acceptable. Nous devons en effet toujours nous rappeler que le référendum – et en particulier celui consacré à  « l'eau bien commun », est la plus grande affirmation possible de l'expression de la souveraineté du peuple. L'agissement de la mairie actuelle de Naples est donc extrêmement grave du point de vue démocratique. Son action se heurte d'ailleurs à un fort mouvement de la part des travailleurs et des organisations syndicales pour défendre l'ABC qui est devenue une entreprise solide sur le plan industriel et économique. Rien ne peut donc justifier le changement de statut. La défense de l'azienda speciale fait l'objet d'un vaste mouvement (lien externe).

EnCommuns : Une question paraît ici nécessaire. Quelle est finalement la motivation profonde pour mettre en cause l'ABC ? Est-ce pour des motifs principalement idéologiques ? Est-ce lié au fait sans précédent qu'une entreprise soit mise au service du bien commun et pour cela soit dotée d'un statut juridique particulier et approprié ? Y a-t-il d'autres raisons ? Pourquoi cette attaque ?

LDM : Plusieurs motivations s'entremêlent. Tout d'abord, il s'agit d'une entreprise autonome, et donc dont le statut est contraire à l'idéologie politique qui règne dans les administrations, laquelle consiste à toujours vouloir tout contrôler et pour ce faire disposer du pouvoir de placer les personnes de son choix aux postes de responsabilité. Cette attaque s'explique aussi, parce qu'il faut le rappeler, l'administration actuelle est parfaitement en ligne avec la pensée dominante libérale en Italie. Sur le plan politique, la municipalité qui gouverne aujourd'hui pense qu'il est de son intérêt de privatiser, d'externaliser, de passer des accords avec le secteur privé, ce en pleine cohérence avec les recommandations formulées à l'époque du gouvernement Draghi  Pour ce faire, il lui fallait absolument changer le statut et la gouvernance de l'ABC que nous avions construits, car ceux-ci garantissent la transparence et l'autonomie de l'entreprise. Le statut historique de l'ABC rend impossible toute ingérence politique visant à s'emparer du pouvoir à l'intérieur de l'entreprise et ainsi de contrôler son activité : de la passation des marchés au recrutement des personnels salariés. Je pense que nous nous trouvons devant une offensive de type « partitocratique » qui vise à prendre le contrôle d'une « entreprise spéciale » qui est aussi une entreprise publique. 

EnCommuns : Peut-être peut-on revenir sur un point spécifique au droit italien qui nous fascine un peu, parce que l'équivalent n'existe pas dans notre tradition, il s'agit du principe de « subsidiarité ». Ce que l'on peut comprendre de l'approche italienne et de l'expérience napolitaine, c'est que le principe de subsidiarité ouvre une possibilité et alimente une politique originale. Si l'on préfère, il permet de penser une manière différente de distribution des pouvoirs entre l'administration publique et les citoyens. On se réfère ici en particulier à l'idée de « subsidiarité horizontale » (art. 118)   inscrite dans la Constitution.

LDM: Oui, cela, plus des opportunités qui ont été récemment introduites dans la Constitution (en son titre V) parce qu'elles peuvent favoriser d'un point de vue juridique les autonomies locales de même que des laboratoires d'expérimentation de l'autodétermination  « par le bas », ont joué un rôle facilitateur pour introduire des pratiques institutionnelles différentes et innovantes. Ces modifications constitutionnelles ont permis de s'engager dans des pratiques plus horizontales sur le territoire, fondées sur une plus forte connexion et coordination (comme nous l'avons fait à Naples) entre les communautés d'habitants, les populations et l'administration locale. Donc, certainement, ces modifications ont rendu plus légitimes sur le plan juridique nos « délibérations », qui, même du point de vue du droit formel, ont ainsi pu bénéficier d'une sorte de couverture constitutionnelle.

 EnCommuns : Dans le cas de Naples, il semble bien cependant que ce n'est pas seulement, ni même prioritairement la subsidiarité horizontale, qui a été en jeu . Ont été en effet largement mobilisés l'article 3, ainsi que l'article 2  qui traitent non de gouvernance mais de propriété et de l'utilité sociale, et posent le principe d'une égalité substantielle » entre citoyens .

LDM: En effet, concernant la politique conduite à Naples, outre la mobilisation de la notion d'« usages civiques », nous avons mobilisé le cadre constitutionnel fourni par l'article 2 qui postule des devoirs de solidarité sociale et qui donc peut être invoqué à propos des biens communs. L'article 3 a aussi pu être mobilisé parce que l'égalité dont il traite a aussi une haute valeur . Selon moi, l'article 9 , qui traite de la République en tant qu'elle promeut la culture,  est aussi pertinent en ce que les biens communs sont des dispositifs possédant explicitement une dimension culturelle. Les articles les plus importants et les plus prégnants restent cependant les articles 41 et suivants sur l'utilité sociale de la propriété privée. Enfin il faut le souligner, les articles sur la « subsidiarité » (l'article 118 sur la subsidiarité horizontale et l'article 120), conçus pour d'autres fins, restent utiles pour donner une référence juridique aux expérimentations du mouvement en ce qu'elles émanent « du bas ».  

EnCommuns :  La notion de propriété sociale, il faut le souligner, concerne la propriété privée. Or, en fait, la question que l'on peut se poser est que les beni comuni en Italie, que ce soit les lieux qui accueillent l'Asilo Filangieri ou ceux qui ont été installés depuis, sont de propriété municipale. Donc, ce n'est pas de la propriété privée. Est-ce qu'il y a des beni comuni qui ont été construits sur de la propriété privée ? À Naples, en particulier

LDM: Nous avons envisagé la possibilité de constituer des biens communs tant à partir de biens publics que de biens privés, car le bien commun va au-delà de la propriété publique et de la propriété privée. Nous avons toutefois utilisé deux instruments juridiques différents. Avec la propriété publique, -la propriété communale, le parcours a été « plus facile », moins complexe, bien que des difficultés multiples aient été rencontrées. Comme celle de faire accepter par les fonctionnaires communaux qu'une activité et un service soient fournis sans faire payer en contrepartie une prestation monétaire.. Dans le cas des biens privés, les difficultés sont plus grandes encore. En réalité, nous avons dû prévoir une « délibération » différente à chaque situation qui concernait un propriétaire privé. Le droit exige ici une relation directe et particulière. Vous ne pouvez pas, comme municipalité, imposer de dispositions particulières sur le bien dès lors qu'il relève de la propriété privée. Pour pouvoir le faire, il faut signaler au propriétaire que le bien fait l'objet d'une procédure, par exemple parce qu'il n'est plus entretenu, ni conservé, ni préservé…, qu'il présente donc un risque pour le territoire et que son utilité sociale n'est plus effective. Alors s'ouvre une « interlocution » avec le proprietaire privé, un procédé administratif, par lequel on lui signifie que s'il cesse de s'occuper de son bien, s'il déroge aux obligations en matière de protection de l'utilité sociale, le bien cessera de disposer d'une couverture constitutionnelle. Dans ce cas, il devient possible, en suivant les recommandations de l'arbitre administratif, de procéder à son acquisition comme patrimoine communal. À partir de là, la procédure se poursuit en suivant les mêmes règles qui prévalent pour les biens publics et leur changement de statut en biens communs.

EnCommuns: Pour conclure cet entretien, parlons du cas de l'Asilo Filangieri . Ce qui a été élaboré à l'Asilo a de fait servi de modèle pour bâtir d'autres biens communs. Le cas de l'Asilo mérite-t-il selon vous une attention particulière ?

LDM: Tous les biens communs que nous avons installés à Naples me sont chers, et chacun présente ses propres particularités. L'Asilo a marqué le début de notre aventure et du laboratoire, mais ensuite il y a eu Scugnizzo Liberato, Villa Medusa, Lido Pola, Santa Fede, Liberata, et d'autres encore . Ils sont installés dans différents territoires de la ville, dans des quartiers qui ont chacun leur spécificité. Pour donner un exemple, prenons le cas des problèmes que nous rencontrons en matière de « bradyséisme » . Il se produit des secousses sismiques notamment dans l'area flegrea connue pour être une zone à tremblements de terre. Un des biens communs, la Villa Medusa, qui se trouve dans l'épicentre du bradyséisme, est devenu un lieu fondamental de soutien à la population. Elle offre des secours de première urgence mais également et surtout de l'assistance psychologique. La Villa Medusa a ainsi assuré plus de 300 accès à des services d'assistance psychologique, ce que ne fait pas l'ASL (Assistance Sanitaire Sociale) qui est un service public. Villa Medusa propose ainsi une activité qui vient s'ajouter aux services proposés par l'ASL locale. Medusa est ainsi devenue une institution collective et démocratique installée sur le territoire qui vient pallier une absence de l'offre publique, qui se manifeste de façon spécialement forte dans notre ville, en ce temps de crise. 

EnCommuns : Et ce sont des bénévoles qui font ça ? C'est comme à l'Asilo, ce n'est que du travail non rémunéré ?
 LDM : À présent, la mairie s'est vraiment retirée. Auparavant (sous ma mandature), la mairie garantissait des ressources pour une série de services. Maintenant, le commun est complètement livré à lui-même. Et, il n'y a pas, que je sache, de rétribution interne. À ma connaissance, tout relève du volontariat.   


 

Les beni comuni comme facteurs de cohésion sociale

EnCommuns :  Jusqu'à présent, à part la question d'Acqua Bene Comune (qui a elle-même requis la constitution d'une entreprise particulière), tous les biens communs, y compris à Naples bien sûr, ont une localisation géographique claire, ils sont « territorialisés » et sont nettement identifiables. La question qui se pose est la suivante : si on réfléchit à des choses comme « l'éducation bien commun », ou plus difficile encore « la sécurité bien commun », au sens des révolutionnaires français qui parlaient de la « sûreté » et de la protection des personnes contre l'insécurité et l'arbitraire (dans un pays où sévit la mafia, la « sûreté » des personnes, ça veut dire quelque chose) les biens communs peuvent-ils jouer un rôle ? ? Que seraient-ils capables de faire ? Avez-vous, vous et vos partenaires, collègues, collaborateurs, une réflexion là-dessus ? Qu'est-ce que ça voudrait dire concevoir des biens communs dont la vocation est d'opérer des questions sociétales majeures, comme l'éducation ou la sécurité ? 

LDM : À mon avis, et je suis très clair sur ce point, les biens communs ont depuis le début joué un rôle important sur les questions de sécurité urbaine, surtout compte tenu de leur engagement en matière de cohésion sociale. Les biens communs ont contribué à installer sur le territoire sécurité, dialogue, rencontre, bien-être. Ils ont fourni une assistance aux personnes qui, sinon, auraient été abandonnées. Ils ont donné refuge aux jeunes qui, avant, vivaient dans la rue, exposés à de multiples risques et dangers. Les biens communs ont donc été et sont toujours un moyen de combattre l'insécurité et la dégradation des conditions d'existence, de manière complètement différente de ce que fait la politique officielle en Italie, au niveau national et local, qui traite de la sécurité de manière administrative souvent brutale et autoritaire, par le moyen d'expulsions et l'usage de la matraque en considérant et en traitant les exclus et les pauvres comme un facteur de dégradation de l'environnement. En fait, j'ai été très isolé dans ces batailles, notamment à propos d'ordonnances que j'ai prises, comme dans des débats que j'ai menés à l'intérieur de l'Association Nationale des Mairies Italiennes (ANCI), parce que mes collègues maires n'arrivaient pas à comprendre le point de vue que je défendais. L'incompréhension n'était pas le fait seulement des élus de tendance Meloni ou Salvini . La pensée sécuritaire était et est encore, malheureusement, dominante dans les forces politiques « classiques », majoritaires dans notre pays.

EnCommuns: C'est une question évidemment très importante, y compris parce qu'elle inclut celle des politiques à conduire vis-à-vis de personnes immigrées ; en Italie avec la question des réfugiés venus par la mer, vous connaissez cette question encore plus que nous, en France. Et, si l'on n'est pas capable de la penser justement en termes d'accueil, de cohésion, d'intégration, on laisse le champ libre à des politiques violentes, « sécuritaires », inhumaines. Il y a, autour de cela, des enjeux majeurs de développement de l'idée même de la notion de bien commun.                                                                                                           

 LDM : En fait, sur l'immigration, les beni comuni ont fait un travail très important. Qu'il s'agisse de l'Asilo et encore plus de l'ex-OPG pour ne prendre que ces exemples.

EnCommuns : Merci pour cet entretien passionnant. Nous allons arrêter là. Peut-être pour conclure : y a-t-il une question qu'on ne vous a pas posée, à laquelle vous souhaiteriez répondre, ou ce qui revient au même, y a-t-il une dernière chose que vous voudriez dire ?

LDM : Je trouve très important ce dialogue sur l'universalité des droits et sur le nouvel humanisme en gestation que permet d'entrevoir la question des biens communs. Je pense que ces échanges sont de véritables antidotes, absolument nécessaires, pour faire face au tournant autoritaire qui est aujourd'hui fortement présent sur l'ensemble de notre continent.

Merci de les avoir organisés.

 EnCommuns: Merci à vous. Ceci n'est qu'un début !

Pour citer cet article : Acosta Alvadaro, AS,. Coriat, B. & Orsi, F. 2026. Naples, laboratoire des biens communs. Entretien avec Luigi de Magistris, EnCommuns. Article mis en ligne le 14 octobre 2026.

Ana Sofia Acosta Alvarado

Ana Sofia Acosta Alvarado est docteure en économie de l'Université Sorbonne Paris Nord. Elle est actuellement enseignante contractuelle à l'UFR SEG de l'Université Paris 13 (USPN) et chercheuse associée au laboratoire ACT. Ses recherches portent sur les processus d'institutionnalisation, gouvernance et de prise de décision démocratique au sein des communs. Elle s'intéresse également aux plateformes numériques, au coopérativisme de plateforme, communs urbains et agroécologie.

Benjamin Coriat

Économiste

Fabienne Orsi

Économiste

Luigi de Magistris

Luigi de Magistris est ancien magistrat, juge et ancien maire de Naples (2011-2021). Lors de son mandat, il a notamment porté la catégorie juridique de bien commun au cœur de réglementation de la ville de Naples conduisant à la reconnaissance de l'ex Asilo Filangeri comme premier bien commun puis reconnaissant ce statut à d'autres bâtiments publics auto-gérés par des collectifs d'habitants pour des activités sociales ou environnementales.  

Naples, laboratoire des biens communs

Ana Sofia Acosta Alvarado Benjamin Coriat Fabienne Orsi

Luigi de Magistris est un ancien magistrat qui fut juge avant de devenir maire de Naples (de 2011 à 2021). C'est sous sa mandature que le statut de biens communs a été reconnu pour la première fois en Italie. Expérience unique en la matière, les "beni comuni" de Naples sont aujourd'hui une réference en Europe et dans le monde. 

Luigi de Magistris était à Paris en mars 2025 pour une rencontre publique organisée par l'Université des biens communs et la revue EnCommuns sur "La révolution des communs à Naples". Cet entretien a été conduit à cette occasion par  Ana Sofía Acosta Alvarado, Benjamin Coriat et Fabienne Orsi pour la revue EnCommuns. 

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