EnCommuns - La revue
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Une fois n'est pas coutume : c'est un véritable dossier, portant sur la mise en œuvre des biens communs, que propose ce nouveau numéro d'EnCommuns. Avant d'en présenter le contenu, répondons par avance à une interrogation légitime qui pourrait surgir. Pourquoi diable parler de l'Italie, alors que la France s'engage dans une période électorale majeure (élections présidentielles qui seront suivies d'élections législatives), propice plus que toute autre aux débats sur les grands enjeux économiques et sociaux ? Quelle drôle d'idée pourrait-on objecter !
Répondons d'emblée à cette objection. En lisant ce dossier chacun·e le constatera, c'est de nous-mêmes, de la France, de nos problèmes les plus concrets, qu'il est question. Si nous avons choisi de traiter des biens communs en Italie, c'est seulement – en prenant un peu de distance – pour sortir des polémiques domestiques, afin de donner à voir et à penser de quels formidables potentiels et bénéfices s'engager dans la construction des biens communs est porteur.
Aussi, il s'agit en exposant et proposant une réflexion sur des cas concrets de construction de biens communs, de clairement indiquer à toutes celles et ceux – et ils sont légions – qui se proclament grands défenseurs des biens communs, qu'on ne peut, sur ce sujet, seulement se payer de mots. Pour défendre, promouvoir et instituer les biens communs, toutes et tous sont bienvenu·e·s. À la condition expresse cependant, lorsqu'on prétend s'y référer, de traiter des biens communs dans ce qu'ils ont de puissant et d'irréductible, et de ne pas tenter de faire prendre des vessies pour des lanternes...
Les biens communs ont une histoire, une définition, des contenus qui doivent être respectés. C'est l'ambition du dossier présenté ici que de le rappeler. Qu'on en juge !
C'est pour nous un grand honneur et un grand plaisir d'ouvrir ce dossier avec un entretien que nous a accordé Luigi de Magistris, maire de Naples pendant une décennie. Une décennie (2001-2011) au cours de laquelle en liaison avec de multiples communautés mobilisées pour cela (une liaison qui ne fut pas toujours caractérisée par le calme plat...), ont été installés « les biens communs de la ville de Naples ». Nés de l'initiative citoyenne, ils ont été institués par des délibérations de conseil municipal de la ville de Naples, alors présidée par L. de Magistris.
Dans cet entretien, L. de Magistris expose comment a été rendue possible, autant par l'action des communautés mobilisées pour les faire vivre que par des lectures et interprétations de la constitution et du droit, l'institutionnalisation d'entités particulières : les biens communs dont la jouissance est ouverte au plus grand nombre et qui, toujours, reposent sur des formes de gouvernance dans lesquelles les citoyens, directement, ont le dernier mot. Au-delà des expériences elles-mêmes, L. de Magistris rappelle comment ce mouvement s'est traduit par la formation d'une véritable « école » napolitaine des biens communs, dont l'histoire et les spécificités sont reconstituées au cours de l'entretien.
L'article qui suit, de Marta Aurino, revient directement sur certaines initiatives évoquées dans l'entretien avec L. de Magistris, en particulier, après le référendum contre sa privatisation, sur l'institutionnalisation de l'eau comme bien commun à Naples à travers la mise en place de l'entreprise spéciale ABC Napoli (Eau Bien Commun de Naples). L'intérêt, à notre sens très grand, de ce texte est qu'il ouvre largement la perspective, en procédant à une comparaison entre ce qui s'est fait à Paris d'un côté, à Naples de l'autre. La différence entre une simple « municipalisation » de l'eau et son institutionnalisation comme bien commun est mise en évidence et précise ainsi les indications déjà données par L. de Magistris, sur ce qu'est un bien commun et la manière dont il est gouverné. Ainsi, c'est bien « de nous », de la France, de ce qui y est tenté ou mieux encore de ce qui peut y être fait, qu'il s'agit dans ce dossier. Aussi le répétons-nous : bienvenue à toutes ceux et celles qui se proposent de « faire de l'eau un bien commun ». Il ne reste plus qu'à s'exécuter. Et pour ce faire, à tenir compte des enseignements de la comparaison que nous proposons ici. Et à ne pas désigner comme « bien commun » ce qui ne serait – souvent au mieux – qu'un bien public ou un bien géré par lui. Les différences ne sont pas que sémantiques. Elles sont substantielles. Il y va de la question de savoir qui finalement exerce la souveraineté. Et du pouvoir reconnu ou non, aux citoyens.
L'article d'Ana Sofía Acosta Alvarado revient sur le cas de l'Asilo, un bien commun emblématique de la ville de Naples, à ce titre étudié dans le monde entier. Est mis en avant le caractère de « commun de communauté ouverte » de ce bien commun, destiné à promouvoir la culture et l'art dans la ville, en l'ouvrant gratuitement à toutes et tous, à partir d'un mode de gouvernance de l'espace, assuré directement par ses « habitant·e·s », c'est-à-dire par tout citoyen qui le souhaite, s'il accepte de respecter les règles posées par la communauté elle-même. L'Asilo, rappelle Ana Sofía Acosta Alvarado, qui en a été une des « habitantes » lors de son séjour en Italie, a ainsi été à l'origine d'un ensemble d'innovations organisationnelles et institutionnelles majeures. À ce titre une présentation dédiée du cas et des premiers enseignements qui peuvent en être tirés s'imposait.
Enfin pour clore ce dossier, nous ouvrons sur une toute autre pratique de la mise en œuvre des biens communs : celle que proposent les Chartes conçues et pilotées par Labsus, qui associent des municipalités à des groupes de citoyens engagés conjointement dans le soin apporté à la ville et à ses habitant·e·s. Il y a là une manière d'indiquer que, sur la base des mêmes principes qui fondent les communs et les biens communs, des initiatives très différentes peuvent être mises en œuvre. Le texte des Chartes est introduit et présenté par Thomas Perroud, qui propose clés de lecture et éléments de contexte.
Il nous reste à espérer que ce dossier remplira bien ces objectifs et qu'il contribuera à faire en sorte que la question des communs et des biens communs occupe l'espace public, et fasse partie des débats qui se développeront au cours de la période électorale qui s'ouvre. Nous formons surtout le vœu – et espérons avoir contribué à cela avec ce dossier – que ce débat se déploie dans des termes justes et appropriés. Loin des opérations de hold-up dont le thème des communs et des biens communs – infiniment porteurs – est l'objet, tout spécialement il faut le constater, en période électorale. À l'heure où, plus que jamais, la démocratie est menacée dans ses fondements mêmes, retrouver le sens et le goût d'honorer la cité, prendre soin de ses habitants, est un enjeu majeur. Et c'est finalement à cela que ce dossier, dans son ambition dernière, entend inviter.
Le comité de rédaction de la revue EnCommuns
Ce nouveau numéro d'EnCommuns propose un dossier sur les biens communs en Italie. L'introduction, signée par le comité de rédaction, explique les raisons du choix de cette thématique, qui comporte de multiples résonances avec la situation française en cette période pré-électorale. Le texte présente également les différents articles du dossier.
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